Brook Essayer De Ne Pas Rire

Quel exercice fastidieux que le huis clos ! Avec Captifs, Kevin Brooks parvient à jouer avec les codes du genre et à nous proposer un huis clos tout à fait honnête, dont l’idée de base m’a beaucoup plu.

Enlevé et enfermé dans un bunker, le jeune Linus décide de s’emparer du carnet qu’il retrouve dans le tiroir d’une des six chambres et de faire un journal de ce qu’il lui arrive. L'atmosphère pesante de l’enfermement se ressent dans ce lieu vide et froid, meublé de façon clinique de seulement quelques meubles de première nécessité. On imagine sans mal la lourdeur du silence, la terreur de l'obscurité qui arrive chaque soir à minuit pile, l'incompréhension face à l'arrivée d'autres captifs, puis la difficulté de survivre à plusieurs dans des conditions extrêmes. Ces éléments créent une ambiance un brin dérangeante et sont le théâtre idéal à un bon thriller. Cependant, une fois les premiers chapitres lus, mon enthousiasme a fini par retomber. L’atmosphère est présente, mais l’histoire et ses personnages finissent par pécher.

Il y a beaucoup trop de cheminements intérieurs de la part du protagoniste, des pensées parfois assez inutiles, un peu brouillonnes, trop enfantines qui nous sortent du drame qui est en train de se jouer. Le récit se fait comme un journal intime, ce qui explique l’omniprésence de Linus, notre protagoniste de 16 ans et ses pensées qui manquent parfois de maturité. Néanmoins, l’âge de Linus n’excuse pas tout et le manque de psychologie dans ce thriller m’a également semblé flagrant. La plupart des personnages sont fades, ceux qu’on parvient à apprécier manque souvent de présence. J'aurais aimé que l'aspect psychologique soit plus travaillé, l'auteur a cédé à la facilité en utilisant des personnages souvent caricaturaux. De la même façon, je regrette l'utilisation qui est faite de ce kidnappeur de l'ombre, figure trop peu exploitée à mon goût, qui n'apparaît qu'à travers ses actions et dont le manque de motivations lui enlève ce côté si effrayant qu'il avait au début du roman.

Malgré une mécanique intéressante, l’intrigue manque de consistance. Des moments d’actions surgissent de temps à autres, ne parvenant pas réellement à donner un nouveau souffle à l’histoire qui s’endort progressivement. Le thriller est parfois très brutal, la violence gratuite aux motivations mystérieuses n’apporte pas grand chose à l’intrigue et le final donne trop peu de réponses pour se sentir réellement satisfait. Je suis largement restée sur ma faim !

Captifs est un huis clos bien imaginé mais qui manque rapidement de densité pour nous captiver. Le ton du récit peine à s’affirmer, on hésite entre classer le roman dans ceux pour adultes ou pour adolescents et l’histoire manque de fond. Un thriller divertissant à défaut d’être mémorable faute de réels enjeux.

https://libellulelivresque.wordpress.com/2017/07/27/captifs-de-kevin-brooks/

Actrice et metteur en scène franco-britannique, Irina Brook est tombée dedans quand elle était petite : fille de Peter Brook et de l’actrice Natasha Parry, elle se forme aux États-Unis avant de rejoindre l’Angleterre, puis la France, où elle s’attache à la mise en scène avec, comme figure tutélaire, William Shakespeare. Couronnée par deux Molière, Irina Brook est nommée en 2014, pour trois ans, à la tête du théâtre national de Nice, mission qui vient d’être renouvelée au début de l’année 2017. Rencontre.

Vous avez été reconduite à la tête du Théâtre National de Nice pour une période de trois ans, jusqu’en 2020. Comment décririez-vous votre parcours ?

Je suis passée d’actrice à metteur en scène à la fin des années 1990. Alors, j’étais libre comme l’air, suivant simplement mes aspirations artistiques et créatives. En France, à la différence des autres pays, il y a toujours un moment où un metteur en scène est invité à diriger une maison, un théâtre. Il arrive un moment, et c’est spécifique à la France, où l’on ne peut pas aller plus loin, si l’on ne rentre pas dans ce système. J’avais toujours dit que cela ne m’intéressait pas car le plus important pour moi était d’être libre, de ne pas être obligée de rester quelque part à plein temps. Ce que j’ai beaucoup aimé dans mon travail de metteur en scène, ce fut également de tourner ; je pense que je suis assez gitane dans l’âme, j’ai aimé voyager et bouger constamment.

Vous avez été en Angleterre et aux États-Unis avant cela ?

Je n’ai jamais vraiment tenu en place nulle part. C’était très bien pour moi de pouvoir constamment me déplacer avec les spectacles, de théâtre en théâtre, de ville en ville, de public en public, comme avec un cirque. C’est, pour moi, l’un des grands intérêts de la mise en scène. Mais il y a trois ans environ, j’ai pris conscience que, comme metteur en scène, j’avais aussi besoin d’un lieu, car il arrive un moment où le metteur en scène est à la merci des directeurs de lieux, qui ont tout le pouvoir. L’artiste n’a pas beaucoup de possibilité s’il n’a pas de lieu. Il faut absolument être dans les bonnes grâces d’un directeur. C’est ainsi que j’ai compris pourquoi tout le monde finissait par diriger des théâtres.

Je suis une enfant des années 70 et mon rêve a toujours été La Cartoucherie de Vincennes et j’ai toujours cru, depuis vingt ans, que je pourrais créer ma propre Cartoucherie. Plusieurs fois, je suis allée au ministère demander des subventions. Peu avant de me proposer pour Nice, j’étais encore allée voir le ministère car j’avais la possibilité de m’installer dans une vieille friche à Ris-Orangis, en région parisienne. Le maire de l’époque, Thierry Mandon, m’avait proposé de reprendre une friche pour en faire un théâtre dans son éco-village, ce qui me semblait absolument génial. J’étais partie au ministère pour tenter d’y trouver des subventions afin de créer ce lieu. On m’y a répondu que c’était impossible de créer de nouveaux lieux aujourd’hui, qu’il fallait que je me propose pour diriger un CDN.

Quelles sont les raisons qui ont été invoquées pour expliquer l’impossibilité de créer un nouveau lieu ?

A Winter’s Tale de Shakespeare, mise scène Declan Donnellan (crédits : Johan Persson)

Il semble que je sois née à la mauvaise époque. Dans les années 80, tout était en floraison, on pouvait encore imaginer des Cartoucheries, des Bouffes, des lieux extraordinaires, mais cela s’est vraiment ralenti malgré quelques exceptions. Nous ne sommes plus à cette époque où l’on pouvait rêver d’un lieu créé spécialement sur mesure. Selon le ministère, le plus judicieux était de déplacer les artistes d’un endroit à un autre, afin de diriger toutes ces maisons qui en ont besoin. J’avais dans l’idée de récupérer un bâtiment en friche, de le reconstruire en bois, de l’appeler le Dream Théâtre, d’en faire quelque chose de complètement alternatif… On m’a poussée à proposer ma candidature pour diriger le théâtre de Nice. J’ai failli tomber de ma chaise.

L’aspect intéressant, c’est qu’il s’agissait d’un des seuls CDN que je connaissais bien : on allait y jouer chaque année avec la compagnie. J’avais une affection particulière pour ce théâtre, car je trouvais le public extraordinaire, en dépit des a priori que l’on peut avoir sur Nice, la Côte-d’Azur… Je ne sais pas si j’aurais éprouvé la même envie pour un autre CDN. J’ai donc postulé et, après quelques complications politiques, j’ai fini par être choisie.

Comment se sont passées ces trois premières années ?

La première année, je me suis sentie très bien accueillie. J’étais naïve, pleine d’idées et d’enthousiasme, puis la réalité a repris le dessus. Je me suis rendue compte que changer le monde, ou même simplement une ville, voire un théâtre, était naïf et impossible. Tout est contre le mouvement de changement. On se retrouve à contre-courant si l’on prétend changer quoi que ce soit. Les obstacles ont surgi de tous les côtés et j’ai perdu courage. Mais depuis l’été dernier, j’ai commencé à voir les premières pousses de ce que nous avions semé. C’est comme si l’on m’avait confié un énorme champ à défricher et replanter, avec un peu plus de bio. J’ai été mitigée sur l’idée de reconduire ma candidature, car j’ai toujours cette envie de liberté, de bouger, de choisir avec qui travailler ; mais, dans le même temps, j’ai très envie de voir croître ce que j’ai semé. Il est impossible de voir un changement radical en trois ans. J’ai ouvert un énorme chantier que je ne peux pas abandonner en plein travail.

Le public vous a-t-il suivie ?

Le public a suivi son mouvement naturel ; il a changé et suivi. Le public avait un a priori sur moi, avant que j’arrive. Un deuxième théâtre a été construit à Antibes, que dirige mon prédécesseur [Daniel Benoin, NDLR]. Le mouvement naturel d’une partie du public a été de le suivre. C’est naturel et bon, car cela signifie qu’il peut exister plusieurs directions de théâtres différentes. Évidemment, les chiffres de la fréquentation n’ont fait que baisser les deux premières années. Cela a fait peur aux tutelles. Il est pourtant impossible de remplir avant de vider.

Vous assumez un changement radical de public ?

Pas radical car il y a des abonnés de tous les âges qui sont restés très aventureux, très ouverts et qui ont suivi le changement avec joie. D’innombrables personnes abonnées depuis longtemps me disent qu’elles sont contentes. C’est un mélange. Un public est une masse organique et humaine. Il n’est pas le même la première semaine d’un spectacle que les suivantes. L’essentiel pour moi est de ramener la jeunesse, car on n’a pas fait beaucoup d’efforts au TNN pour y amener la jeunesse.

Revenons à votre répertoire. On peut y discerner deux lignes. Une classique, à vos débuts, une plus contemporaine aujourd’hui. Y voyez-vous un fil directeur ?

A Winter’s Tale de Shakespeare, mise scène Declan Donnellan (crédits : Johan Persson)

Pour moi, le fil conducteur de ces pièces, c’est l’humanité et ce que ça touche en nous et dans le public. Il est évident que l’on revient beaucoup aux classiques qui demeurent intemporels parce qu’ils ont cette humanité incontournable. On trouve cela beaucoup plus difficilement dans le contemporain, surtout celui qui se démode rapidement. Le contemporain du dernier siècle n’est plus du tout à jour, tandis que les grands classiques le sont toujours. J’ai parfois la chance de tomber sur des pièces contemporaines qui répondent au même besoin de parler de l’humain dans son entièreté.

Vous avez fait jouer deux pièces contemporaines, Lampedusa Beach et Terre noire

J’ai découvert Lampedusa Beach, une pièce extraordinaire, par Lina Prosa ; nous l’avons montée avec Romane Bohringer. C’est à Stefano Massini que nous avons commandé Terre noire pour le festival « Réveillons-nous » que j’ai initié à Nice, autour de la COP21, pour un éveil autour de l’environnement. Il me semblait important que les théâtres y prennent part.

Ne sommes-nous pas là dans ce contemporain qui se démode, dont vous parliez ?

Nous verrons dans 50 ans si Terre noire raconte encore quelque chose. L’écriture de Stefano Massini est très belle, épurée, faite pour durer. Malheureusement, je ne pense pas que le sujet de l’environnement se démodera, cela ne risque que d’empirer.

Nous sommes aujourd’hui très focalisés sur ces problèmes. Peut-être les regarderons-nous différemment dans quelques années…

Il est certain que la façon dont on les voit sera sans doute datée et démodée, mais peu importe, ce qu’il faut, c’est raconter ce qui est d’aujourd’hui.

Nous ne sommes donc plus du tout dans le classique, qui aborde aussi des thèmes actuels et concrets mais par un autre biais, en essayant de ne pas y aller de manière frontale.

Thibault Perrenoud dans « Richard II » par le collectif Eudaimonia (crédits Lauran Chourrau)

Ce qui est important, c’est de pouvoir présenter un peu de tout. Il est dommage de ne faire que du Tchekhov et du Shakespeare, quand certaines choses ont aujourd’hui besoin d’être racontées frontalement. Terre noire raconte quelque chose d’actuel, frontalement, de manière très simple, à la façon d’un conte. Cette pièce évoque les paysans d’Afrique du Sud, atteints par la corruption des multinationales et des avocats qui se disputent leurs terrains. Shakespeare ne peut pas nous raconter ces histoires d’aujourd’hui. Or cela touche les gens, notamment les jeunes, et parfois pour la première fois, grâce au théâtre : ils voient cette histoire représentée par des êtres de chair sous leurs yeux. Je me dis que c’est utile.

J’ai lu que vous revendiquiez un théâtre lanceur d’alertes. Est-ce le rôle du théâtre aujourd’hui ? Est-ce là quelque chose d’essentiel pour lui ?

Je pense qu’il faut rester modéré ; qu’il faut de tout. Je ne prétendrais pas que mon théâtre soit un théâtre lanceur d’alertes, cela serait exagéré, car j’estime que ma goutte est très petite dans l’océan de ces nécessités. Un théâtre aujourd’hui doit présenter un mélange de choses : de l’actualité, un rôle de lanceur d’alerte, mais aussi du pur divertissement… L’actualité est très déprimante et nous avons besoin de nous divertir et de rire pendant quelques heures. Quand on dirige un théâtre, il faut proposer au public un repas qui soit bien composé.

Comment arrivez-vous à être critique, en dirigeant un théâtre national, donc public ?

Je ne peux pas être critique, je me dois de rester neutre, car mon théâtre est financé pour moitié par la ville et par le ministère pour l’autre moitié. Je ne peux pas mordre la main qui me nourrit. Si j’avais un petit théâtre dans les champs, je serais peut-être beaucoup plus extrême. Il peut y avoir quelque chose de frustrant, car, compte-tenu de ce qui se passe autour de nous, j’aimerais être beaucoup plus révolutionnaire ; mais être obligée de diluer cela est aussi plus sain. Si on imagine tous les besoins de l’être humain : le rire, le réconfort, sentir son humanité, pleurer, être alerté, la direction d’un théâtre requiert une vision plus globale, oblige à dépasser sa subjectivité personnelle, ce qui est un travail très intéressant.

Quels sont vos projets pour les années à venir ?

Dans l’immédiat, je veux essayer d’approfondir tout ce que j’ai mis en place. Les grands axes sont le festival « Shake Nice ! », qui est le premier grand festival shakespearien international en France. J’aimerais pouvoir approfondir le travail que je mène avec les enfants et les jeunes, pour ce festival, par le biais de « Shakespeare Freestyle ! ». Pendant deux jours, des centaines de lycéens et de collégiens retransmettent sur le plateau leur vision d’une pièce de Shakespeare en moins d’une demi-heure. C’est une des choses dont je suis le plus fière à Nice. J’espère obtenir un partenariat avec l’université de Montpellier qui est la seule, je crois, à avoir un département exclusivement shakespearien. Ce qui nous manque, c’est le fond intellectuel sur Shakespeare. Je vais aussi approfondir le travail pour la jeunesse avec un festival qui aura lieu à la rentrée, car il ne suffit pas de proposer deux ou trois spectacles pour la jeunesse dans notre programmation. Nous allons organiser quatre semaines autour de la jeunesse. Cela aura lieu en octobre 2017, ce sera le festival « Génération Z ». Il reste beaucoup de travail pour le mettre en place. J’ai trop d’idées et d’envies que je n’ai pas les moyens humains de réaliser. L’équipe n’a pourtant jamais été si inventive et si entreprenante.

Propos recueillis par Matthieu de GUILLEBON


Photo de Une : crédits Bruno Bebert

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